Son chef cuisinier personnel, un chef jadis hautement classé dans le guide Michelin, pénétra dans la pièce sans dire mot et déposa sur la table une de ses entrées de prédilection, des tuiles de parmesan à la roquette et à la pancetta.
Votre entrée préférée, Maître !
Hum ! Vous y avez ajouté un peu plus de couleur, il me semble ? Quelques zestes de piment rouge, peut-être ?
C'est bien cela, Maître.
Merci bien, Florent ! Merci !
Je vous en prie, Maître !
Le chef se tourna ensuite sur sa gauche, saisit la bouteille de Château Haut-Brion Premier Grand Cru Classé 2011 qui attendait dans le refroidisseur à vin. Puis, dans un geste quasi protocolaire, il remplit la coupe du Maître qui était presque vide, remit la bouteille dans le refroidisseur, salua le Maître d'un signe de tête comme le feraient tous ceux qui s'adresseraient au roi d'Angleterre, pour finalement sortir de la pièce d'un pas assuré afin de mettre une dernière touche au reste du repas pour son seul habitué, le Maître des Maîtres.
Le convive solitaire
s'apprêtait, non seulement à déguster ce césar des cieux, mais
encore plus, à se fondre dans la nouvelle série télé :
Yves, Détective, qui allait commencer dans quelques
minutes.
MySky (c'est du French's), ouvre la télé au 333 !
Et le robot électronique s'exécuta, non pas en se tirant une balle dans le processeur, mais en allumant simplement la télé à la chaîne ordonnée par son maître.
Et tel le Génie de la lampe sortant du néant, dans un long crescendo émergea un fond musical sobre, profond, mystérieux, hautement symphonique, et surtout, surtout, sans offrir d'optimisme pour la suite des choses. Audible en permanence, un son de basse soutenu par l'ostinato d'un accord sinistre et un peu discordant, était juste assez audible pour provoquer une chair de poule, sur et dans le corps. Cette atmosphère sonore, on pouvait la ressentir tel un roulement de tambour lors de la présentation d'un détenu à la guillotine.